Salut tout le monde, bienvenue dans un nouvel article du O dans TOC !
Aujourd’hui, on va parler de Pocahontas, le musical, actuellement joué au théâtre de la Gaieté Rive Gauche à Paris.
Pocahontas, le musical, c’est une comédie musicale destinée aux enfants. Je m’y suis intéressée pour plusieurs raisons :
j’adore Disney, j’adore les comédies musicales, et surtout parce que Cerise Calixte, la voix française de Vaiana, interprétait le rôle de Pocahontas… en alternance.
Bon.
Plot twist : les dates ont changé, et je n’ai finalement pas vu Cerise Calixte, mais Meva Andria dans le rôle principal.
Est-ce que ça a changé mon expérience ? On va en parler.
✍️ L’écriture
L’intrigue est régulièrement entrecoupée de passages de narration, assurés par deux grenouilles très drôles, ou par de la vidéo.
Les grenouilles enchaînent les blagues et les références. En général, j’ai tendance à penser que trop de références tue la référence, surtout quand il s’agit de blagues anachroniques dans un univers fantastique.
Mais ici, franchement : c’était plutôt bien dosé.
On souffle sur la partie “karaté-yah / Kung Fu Panda”, par j’ai beaucoup ri à à la partie sur Marseille avec l’accent de Maïté et la référence à Bande Organisée.
Mention spéciale à une blague sur Corneille le dramaturge et Corneille et Bernie : moi j’ai adoré, mais elle est totalement tombée à plat dans la salle. Les enfants étaient trop jeunes… et leurs accompagnateurs trop vieux.
🎬 La mise en scène
La mise en scène est signée les frères Safa.
Les décors reposent sur des accessoires et surtout beaucoup de vidéo :
- un écran en fond de scène
- des écrans sur les côtés
- et un écran semi-opaque au milieu de la scène
C’est une très bonne idée pour une petite scène comme celle de la Gaieté Rive Gauche.
Les vidéos nous plongent efficacement dans l’histoire sans jamais voler la vedette au spectacle vivant.
Gros point fort : les images d’eau, qui donnent vraiment l’impression que les personnages naviguent…, voire que nous naviguons avec eux.
Les images des animaux étaient un peu pixelisées, mais tout le reste fonctionnait très bien.
La mise en scène est globalement très adaptée aux enfants, sauf peut-être une vidéo sur la rencontre entre colons et autochtones, que j’ai trouvée un peu complexe à suivre.
Côté rythme : parfait.
Les enfants dans la salle ont commencé à s’agiter juste avant la chanson finale. Timing impeccable.
Les combats entre colons et membres de la tribu sont représentés en ombres sur fond rouge :
les coups sont peu violents, mais très lisibles.
Le niveau de violence montré m’a semblé à la fois compréhensible et intelligent pour un jeune public.
.
🎶 Les chansons
Les chansons sont très inégales.
La majorité ne m’ont pas vraiment marquée, mais certaines sortent clairement du lot :
- Wingapo, la chanson de bienvenue, que la troupe fait reprendre aux enfants à la fin
- L’Alphabet des grenouilles, très drôle, très énergique, même si elle ne sert absolument pas l’histoire
Les chorégraphies, en revanche, étaient vraiment très sympas et dynamiques.
👥 La troupe
Sur scène, on voit 5 comédien·nes, mais en réalité la troupe est composée de 10 personnes, puisque les rôles sont tenus en alternance.
C’est une troupe très vivante, très énergique, avec une mention spéciale pour les deux grenouilles conteuses, qui tiennent vraiment le spectacle.
Chaque comédien·ne interprète deux ou trois rôles, à l’exception de Pocahontas et John Smith.
En plus de la troupe, une musicienne est présente sur scène en permanence, jouant de la flûte et des percussions pour compléter la bande-son enregistrée.
👗 Les costumes
Les changements de costumes sont ultra rapides, mais les accessoires ne sont pas négligés pour autant !
Les tissus des costumes sont très fins. etant que comédienne qui a souvent eu beaucoup trop chaud sur scène, j’ai trouvé ça très intelligent. En tant que spectatrice… ça m’a parfois paru un peu cheap.
Un détail m’a fait tiquer : une comédienne jouait plusieurs rôles très différents, dont la cheffe Powhatan, une grenouille et un marin… avec un vernis rouge très voyant.
En tant que spectatrice, ça faisait production amateur.
En tant que comédienne… ça m’a beaucoup fait rire, parce que même sur des productions semi-pro, j’ai déjà vu exactement ça.
🌍 La représentation de la colonisation et des cultures natives
L’histoire du musical s’éloigne de celle du dessin animé Disney.
Le spectacle s’efforce de donner une image négative des colons, et justifie le lien entre Pocahontas et John Smith par la personnalité de John Smith :
il ne se sent pas à sa place parmi les colons et n’adhère pas à leur entreprise.
Son capitaine lui reproche d’ailleurs d’avoir trop d’empathie et pas assez de cruauté.
Et point important : Pocahontas et John Smith ne finissent pas ensemble.
Concernant la représentation des cultures natives :
- le terme “indiens” n’est jamais utilisé
- le terme “natif américain” non plus, jugé sans doute trop abstrait pour les enfants
- on préfère parler des membres de la tribu Powhatan
Il m’a semblé que le spectacle faisait aussi l’effort d’utiliser quelques mots de la langue, même si je ne suis pas assez spécialiste pour juger de leur exactitude. Il explique aussi le vrai nom de Pocahontas et pourquoi elle porte ce surnom.
Je ne peux pas non plus affirmer si les costumes sont fidèles à une culture native précise. Par exemple, Pocahontas porte des coquillages (cauris), que j’associe plutôt à des cultures africaines — mais je peux me tromper.
Une amie me disait d’ailleurs qu’on retrouve toujours les mêmes représentations d’une culture native américaine qui serait unique : des plumes, la couleur bleue, des chevaux… Alors qu’il existe différentes cultures avec des codes visuels et des moyens de se déplacer et de se nourrir très différents à travers l’Amérique.
Et après recherche, la “tribu Powhatan” n’existe pas en tant que telle : il s’agit du groupement de plus de 30 tribus partageant une même langue. Mais là encore, on peut se dire que c’est un peu compliqué à expliquer aux enfants. Et Pocahontas faisait effectivement partie de cette confédération Powhatan connue dans l’histoire pour les guerres anglo-powhatans du 17ème siècle.
Ce qui est certain, c’est que la majorité — voire la totalité — des comédien·nes ne sont pas issu·es de ces cultures. Mais pour une petite production théâtrale française, c’est plus complexe, que pour le casting d’un film hollywoodien.
Malheureusement, malgré tous les efforts du spectacle, les enfants grandissent dans un contexte où les “déguisements d’indiens” sont omniprésents. Les petites qu’on a emmenées voir le spectacle ont voulu “jouer aux indiennes” en sortant… alors que le mot n’a jamais été prononcé sur scène.
🎯 Conclusion
Globalement, le spectacle est de qualité : mise en scène, jeu, décors, chant, danse… tout est solide, en dehors de la petite faiblesse des costumes.
C’est un spectacle bien adapté aux enfants, et agréable aussi pour les adultes.
La vraie question que je me pose, c’est :
est-ce que Pocahontas était l’histoire la plus pertinente à adapter aujourd’hui ?
Ou est-ce que d’autres récits auraient été plus appropriés ? Le spectacle semble faire un premier pas vers une représentation plus juste des cultures native américaines, mais va-t-il assez loin ?
Quelqu’un de plus calé que moi sur le sujet pourra sans doute répondre.
Et vous, vous avez vu le spectacle ?
Est-ce que ça vous donne envie d’aller le voir ?
Dites-moi tout en commentaire !
Et on se retrouve très vite pour un nouvel article du O dans TOC !




Laisser un commentaire