1. L’enfant roi : mythe ou réalité ?

Bienvenue dans un nouvel épisode du O dans TOC ! Aujourd’hui, je commence une nouvelle série sur laquelle je travaille depuis un bon moment, et qui va occuper le podcast pendant un bon moment. On va y parler des droits des enfants. L’éducation et l’enfance en général est un sujet qui m’a toujours intéressée, et encore plus ces derniers temps où je me suis beaucoup renseignée sur le sujet, alors il me tenait à coeur d’en faire quelque chose.

Je vous présente tout de suite ma nouvelle série : “Où en sont les droits des enfants au pays des droits de l’Homme ».

1.1 Intro de la série

Partout, on entend parler des enfants rois, des enfants qui font ce qu’ils veulent, et qui décident…

Les enfants seraient devenus ingérables, parce qu’on leur cède tout. Dans notre société, ils ne manqueraient plus de rien.

Mais, est-ce que la raison de ces comportements de plus en plus difficiles ne serait pas ailleurs ? Est-ce que tous leurs besoins sont bien remplis, et leurs droits sont bien respectés ? C’est ce qu’on va étudier à travers cette série de vidéos.

Dans une série numérotée de 1 à 8, on parlera

  • de l’adultisme
  • des autres formes de discriminations subies par les enfants
  • des violences éducatives ordinaires
  • de l’école et de l’apprentissage
  • du jeu, de l’autonomie et de l’investissement de l’espace public par les enfants
  • de la justice qui les protège et de la justice qui les punit
  • et de la période spécifique qu’est l’adolescence

En même temps, dans une série lettrée de A à M, on décortiquera chaque droit de la Convention internationale des droits de l’enfant, en lien avec ces sujets.

Je traiterai presque uniquement de la France, parce que le sujet des droits des enfants dans le monde est vaste, qu’il dépend des contextes et des cultures, et que je ne veux pas faire de raccourci, ni parler de ce que je ne connais pas.

Et parce qu’il y a bien assez à réfléchir chez nous !

1.2 Intro de l’épisode

Aujourd’hui, l’enfant est roi. L’enfant fait ce qu’il veut et malmène les adultes : ses parents, ses grands-parents, ses professeurs… C’est lui qui fait la loi dans notre société !

Si tout le monde le dit, c’est que ça doit être vrai, non ?

1.3 L’image de l’enfant dans la tradition judéo-chrétienne

Dans notre société, l’enfant est mauvais par essence.

Après tout, c’est ancré dans nos représentations depuis les textes de la bible.

Dans les livres antérieurs aux Évangiles, la violence à l’égard des enfants est expressément recommandée. Il en est question dans trois livres de la Bible.

Les Proverbes, considèrent les châtiments corporels non pas seulement comme utiles, mais comme indispensables :

« Celui qui ménage les verges hait son fils ! Mais celui qui l’aime le corrige de bonne heure. » (13, 23)

« Tant qu’il y a de l’espoir châtie ton fils ! Mais ne va pas jusqu’à le faire mourir. » (19, 18)

« La folie est ancrée au coeur de l’enfant, le fouet bien appliqué l’en délivre. » (22, 15)

L’Ecclésiastique, enfin, livre plus récent, qui date du début du IIe siècle avant J.-C., n’est pas plus tendre que les Proverbes :

« Qui aime son fils lui prodigue le fouet, plus tard, ce fils sera sa consolation. » (30, 1)

« Cajole ton enfant, il te causera des surprises, joue avec lui, il te fera pleurer. » (30, 9)

« Fais lui courber l’échine pendant sa jeunesse, meurtris-lui les côtes tant qu’il est enfant, de crainte que, révolté, il ne te désobéisse et que tu n’en éprouves de la peine. » (30, 12)

On voit que, sur une dizaine de siècles, l’éducation biblique considère les châtiments corporels comme une partie essentielle de l’éducation et même comme un moyen de prévention de la désobéissance.

Dieu lui-même est constamment présenté comme un père aimant, certes, mais un père qui, parce qu’il l’aime, châtie son enfant pour le corriger : « Oui, Yavhé te corrige comme un homme corrige son fils » (Deut. 8, 6) ; « La discipline de Yavhé, mon fils, ne la repousse pas ; ne dédaigne pas son exhortation. Oui, Yavhé exhorte le fils qu’il aime comme un père le fils qu’il agrée » (Prov. 3, 11-12). Et toute l’histoire du peuple juif telle que la présente la Bible est une succession de fautes de l’homme et de châtiments infligés par Dieu : bannissement hors du Paradis, déluge, traversée du désert, etc. On voit bien ici que la violence éducative, loin d’être un fait marginal dans notre culture, est un fait central placé au cœur des croyances de la civilisation judéo-chrétienne.

Mais une fois adulte, il n’y a plus que dieu qui nous puni. Et encore, si on est croyant. Les adultes ne sont plus traités de cette façon. Alors pourquoi les enfants, que nous avons pourant toutes et tous étez, continus à être traités comme des nuisances ?

C’est suivant ce postulat que se développe la tendance No kids : des hôtels, des restaurants, des clubs de vacances et autres espaces qui excluent les enfants.

1.4 J’aime pas les enfants

Vous en avez forcément entendu parler, au moins à travers le bad buzz de la SNCF avec ses wagons premiums.

Et on comprend que ce genre d’offre existe, dans une société où il est tout à fait commun d’entendre “moi j’aime pas les enfants”.

Je pourrais transposer la phrase pour parler d’un autre groupe, pour que ce soit “plus choquant”. Mais je ne vais pas le faire, parce que la phrase devrait être choquante en elle-même, et parce que je trouve très malvenu de se servir de l’oppression d’un autre groupe pour imager son propos.

A la place, je vous propose une vidéo du compte Instagram nana_abd75 qui utilise un raisonnement pas l’absurbe plus amusant et moins offensant.

Comme l’illustre cette vidéo, on tolère des choses comme celles-ci d’autres bien plus graves encore sur les enfants alors qu’on ne les accepterait jamais sur aucun autre groupe de personnes.

Pourtant, c’est quand on est enfant qu’on construit son rapport au monde, aux autres et à soi-même. Un enfant dont les droits sont niés, à qui ont ne donne pas la parole, dont on nie les sentiments et les droits, qu’on exclut des décision ne devient par du jour au lendemain un adulte émotionellement intelligent et sûr de lui. Il devient un adulte qui a appris qu’il n’avait pas de valeur et pas de pouvoir.

Cet adulte ne saura pas se défendre contre un employeur, un bailleur ou des lois abusives, ou encore communiquer efficacement avec d’autres adultes en cas de conflit. Et cet adulte devenu parents, professeur, éduquera la génération suivante selon le même schéma, parce qu’il n’y a pas de raison que ce soit plus facile pour les jeunes, pas vrai !

Pourtant, cette vision des enfants n’est pas innée, elle n’est pas évidente ni la seule possible. Elle est culturelle, construite. Voyons ça tout de suite à travers des exemples concrets.

1.5 Le filtre de la méfiance

Marion Cuerq, experte de l’enfance en France et en Suède, parle de filtre de la méfiance et du filtre de la confiance. En France, notre mode par défaut est de se méfier des enfants, de considérer qu’ils cherchent en permanence à tromper les adultes. On envisage la relation à l’enfant comme un rapport de force. Si l’enfant prend le dessus, l’égo de l’adulte en prend un coup.

En Suède, c’est le filtre de la confiance qui prime. On choisit de voir les enfants de manière positive et de les croire. A travers un post Instagram de comparaison, Marion Cuerq nous montre qu’un enfant élévé à travers le filtre de la confiance aura plus facilement tendance à dire la vérité. Parce que l’adulte a confiance en lui, il a confiance en l’adulte. Tandis qu’un enfant élevé à travers le filtre de la méfiance a peur de l’adulte.

Si en France un bon enfant est un enfant sage et calme, en Suède un bon enfant est un enfant qui questionne l’autorité et qui n’a pas la langue dans sa poche. Fifi Brindacier, petite fille débrouillarde au fort caractère, est une icône nationale.

Et d’ailleurs, en Suède, pas de wagons sans enfant. Au contraire, dans les pays Scandinave, en Suisse et en Allemagne, il existe même des espaces pensés pour les enfants dans les trains, comme le montre ce reportage du journal 20 minutes

Tout ça semble super, non ? Mais alors, si on veut tendre à cela, comment est-ce qu’on déconstruit notre filtre de la méfiance.

1.5.1 Alors, comment est-ce qu’on déconstruit le filtre de la méfiance ?

Pour commencer, essayons de comprendre comment on l’a construit, ce filtre de la méfiance.

On va parler de 2 phénomènes parallèles qui se jouent quand on considère les enfants : l’adultisme et l’adultomorphisme.

1.5.1.1 Première façon de considérer l’enfant : à travers l’adultisme

L’adultisme et une forme de discrimination envers les enfants. Comme toutes les discriminations, c’est un système de pouvoir. Dans l’adultisme, le système de pouvoir est entre les adultes et les enfants. Le système adultisme considère que les adultes sont naturellement supérieurs aux enfants.

Il se manifeste par :

  • Le mépris de leur parole et de leurs sentiments ;
  • La négation de leurs droits ;
  • Des décisions prises sans eux ;
  • Des violences dites “éducatives”.

Vous avez déjà entendu des phrases du style “un enfant n’est pas fatigué”, “un enfant n’a pas de raison d’être en colère”, “un enfant n’a pas de raison d’être triste”.

Qui n’a jamais entendu “c’est moi l’adulte, c’est moi qui ai raison” ou “c’est moi l’adulte, c’est moi qui commande”.

L’enfant n’est pas vu comme un sujet, comme un citoyen à part entière, mais comme un objet, une propriété de ses parents.

1.5.1.2 Deuxième façon de considérer les enfants : l’adultomorphisme

Pour faire simple : d’un côté on considère les enfants comme moins capable, moins intelligents et ayant moins de droits que les adultes, et d’un autre côté, on pense que les enfants seraient capables des mêmes raisonnements et des mêmes intentions que les adultes.

Pourtant, les enfants sont intelligents, les enfants sont capables. Mais à leur niveau de développement.

Un jeune enfant est incapable de manipulation.

Et on ne considère par les enfants comme détenteurs de droit : bien souvent on ne leur donne pas de droit à l’intimité, au consentement, ni à l’autonomie.

Pourtant, les enfants ont des droits, qui sont d’ailleurs écrits dans la convention des droits des enfants, ratifiée par la France en 1989.

Et s’il y en a qui peuvent sembler évidents et déjà respectés en France, croyez-moi, de nombreux droits de nos enfants sont bafoués involontairement ou volontairement.

1.5 La Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE)

La Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), ou Convention relative aux droits de l’enfant, est un traité international adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989.

Ratifiée par 196 États, la CIDE est le traité relatif aux droits humains le plus largement adopté de l’histoire.

Le saviez-vous ? Les Etats-Unis est le seul pays au monde à ne pas avoir ratifié la CIDE. Pourquoi ? Car ils veulent continuer à pouvoir utiliser la peine de mort pour des mineurs.

La France l’a ratifiée en 1989. Mais est-ce qu’elle la respecte ?

La CIDE est constitué de 54 articles.

Ils mettent en avant quatre principes fondamentaux concernant les enfants :

Et peuvent être résumés en 13 droits :

  1. Le droit à l’identité
  2. Le droit à l’égalité
  3. Le droit à l’éducation
  4. Le droit de jouer et d’avoir des loisirs
  5. Le droit de ne pas faire la guerre ni la subir
  6. Le droit d’avoir un refuge, d’être secouru, et d’avoir des conditions de vie décentes
  7. Le droit à la santé
  8. Le droit à la vie privée
  9. Le droit à la liberté d’information, d’expression et de participation
  10. Le droit d’avoir une famille, d’être entouré et aimé
  11. Le droit à une justice adaptée
  12. Le droit à une protection contre les violences, la maltraitance et toute forme d’abus
  13. Le droit à une protection contre toute forme de discrimination

Je sais pas vous, mais moi quand je lis cette liste, je peux effectivement déjà vous dire qu’à peu près la moitié de mes droits n’a pas été respectés pendant mon enfance et mon adolescence.

Et comment c’est possible ? Parce qu’on ne dit pas aux enfants qu’ils ont des droits. On leur parle des droits des enfants, mais de quelle façon ?

Dans une école qui nie déjà leur droit à la liberté d’information, d’expression et de participation et qui ne garantie pas leur droit à l’égalité, leur droit de jouer, le droit à l’éducation, et le droit à la protection contre les violences et les discriminations.

Dans une école dans laquelle on leur parle surtout des pauvres enfants loin d’ici qui vivent la famine, la pauvreté ou la guerre.

Quand j’étais petite, j’écoutais un CD pour enfants qui s’appelait C’est le droit des enfants, sorti en 1999 par Dominique Dimey. La première version de l’album n’inclus aucune chanson qui pourrait concerner un enfant français, donnant l’impression que nos droits en France sont respectés et que ce sont forcément d’autres enfants qui n’ont pas cette chance.

En 2001 une nouvelle version sort avec des chansons sur la maltraitance physique, l’inceste, le handicap. Mais je ne l’ai jamais entendue enfant, et une nouvelle chanson ouvre l’album avec “je suis née dans un pays où je mange quand je veux, où je grandis heureux, mais toi tu cours après la vie, pour de l’eau, pour du riz, malgré tout tu souris” réitérant cette différence faite entre la France et d’autre pays.

Bref, parle aux enfants des droits qui nous arrangent. Claire Brisset, ancienne défenseuse des droits et directrice de l’information à l’UNICEF, disait qu’il n’est pas du tout évident pour les adultes que les enfants ont des droits.

Et on parle aux enfants des droits qu’on connait ! Parce qu’il y a de grosses lacunes dans ce domaine. En 2024, on estimait que 78% des enfants et 50% des adultes ne connaissaient pas les droits des enfants.

1.6 Conclusion

Alors peut-être que la question question à se poser n’est pas : est-ce que les enfants vont trop loin ? mais plutôt : pourquoi on accepte qu’ils soient traités comme ça ?

Apprendre leurs droits aux enfants, ce n’est pas leur donner le pouvoir sur les adultes c’est leur donner des outils de protection.

L’ambition, ou en tout cas l’espoir de cette série est d’apporter ma pierre à l’édifice en m’informant et en partageant ce que j’apprends, et ainsi participer à changer le statu quo, à travers des pistes concrètes et atteignables.

Pour que vous et moi et les enfants autour de nous ayons une meilleure connaissance des droits des enfants, et que nous puissions réfléchir différemment à nos rapport aux enfants, au rapport des enfants au monde, et à comment les aider à grandir au mieux.

Si vous êtes prêts et prêtes à embarquer avec moi dans cette aventure pour changer notre vision de l’enfant, je vous dis à bientôt pour le prochain épisode !

Sources

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