Pourquoi on ne dit pas “langage des signes” ?
L’utilisation du terme “langage”, signifie que signer serait une façon de s’exprimer inférieure, moins valable que la langue orale
Mais alors, pourquoi on entend partout “langage des signes” ?
Plusieurs événement majeurs de l’histoire des langues des signes et de la communauté sourde ont eu lieu en France.
En 1760, L’abbé de l’Épée rencontre deux sœurs jumelles qui communiquent par des signes.
Il s’intéresse à leur mode de communication et crée le premier enseignement par signes à Paris. C’est le début de l’école pour les persones sourd·e·s.
D’autres écoles suivent en Europe et aux Etats-Unis. Au fil des années, les personnes sourd·e·s reçoivent une éducation qui leur permet de briller : au XIXème siècle, on connaît des poètes, des artistes, des écrivains sourds.
Mais en 1880, le Congrès de Milan interdit la langue des signes à l’école et déclare que :
- ce n’est pas une vraie langue mais « une langue de singe », un « langage inférieur » ;
- elle ne permet pas de parler à Dieu ;
- elle favorise la tuberculose, car les gestes faits par les sourd·e·s les empêchent de bien respirer.
Un siècle après cette interdiction, la communauté sourde n’en peut plus, le militantisme redouble d’effort : c’est ce qu’on a appelé le Réveil Sourd.
Cette période voit la création d’associations, de conférences, d’expositions. Grâce à cette mobilisation, la communauté sourde gagne de l’attention et des linguistes s’intéressent à leur langue.

En 1976, l’International Visual Theatre est créé en France, avec pour objectif de promouvoir la langue des signes à travers des pièces de théâtres et des cours.
Mais c’est seulement en 1991 que la langue des signes est à nouveau autorisée à l’école en France.
Quelques écoles bilingues français/langue des signes se créent alors, mais pas suffisamment : en 1998, le gouvernement s’aperçoit que seulement 1% des enfants sourds ont accès à une éducation bilingue.
En 2005, la langue des signes française est enfin reconnue comme langue à part entière.
Mais aujourd’hui encore, nos sociétés sont victimes de cet héritage, et les personnes sourd·e·s doivent se battre pour un accès plus juste à l’éducation et pour avoir une place à part entière dans la société. Par exemple, on peut noter qu’aucun pays n’inclus les langues des signes dans la liste de ses langues officielles.
En 2026, la langue des signes n’apparait pas comme discipline au concours du CAPES. Cela signifie qu’aucun professeur de langue des signes ne sera recruté pour les collèges et lycées à la rentrée 2026.
C’est pour toutes ces raisons qu’aujourd’hui encore, vous rencontrerez beaucoup d’adultes sourds illettrés, qui ont souffert de décrochage scolaire ou qui n’ont pas pu faire d’études supérieures.
Alors, on dit quoi à la place ?
On dit : langue des signes, langue des signes française ou LSF.
En effet, pour de nombreuses personnes sourdes et même des enfants entendants de parents sourds, il s’agit de leur langue maternelle, apprise avant le français oral !
Dire langue des signes, c’est respecter la langue, les personnes qui la pratique et leurs luttes.
Bon à savoir : la langue des signes, comme la langue orale, se développe indépendament d’un pays à l’autre. La langue des signe français ou LSF est différente de la langue des signe américaine ou ASL, qui elle-même est différente de la langue des signe brittanique ou BSL.
Bon à savoir : les enfants entendants de parents sourds ou EEPS, sont communément désigné par l’acronyme CODA pour Child of death adults.
Voilà, maintenant vous savez pourquoi on dit “langue des signes”, et pas “langage des signes” !
Merci au blog Culture Sourde pour l’historique !




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