Exercice proposé lors du 4ème atelier d’écriture de la médiathèque d’Epinay-sur-Orge.

Ecrivez à partir d’un tableau.


Ca y est. J’y suis. De ce côté de la plage. J’en rêve depuis que j’ai l’âge du petit gars qui appelle les canards, là, avec son chapeau rouge. Depuis plus longtemps, même.

Retirer ma chemise et sentir la chaleur du soleil et la fraîcheur de l’eau sur mon torse, comme le jeune homme assis au bord de l’eau.

D’ailleurs, non, pas comme lui. Lui, il est tout recroquevillé et rien n’atteint son torse, presque caché. Comme ça doit être agréable de prendre ces sensations pour acquises.

Mais, c’est drôle, maintenant que je suis là, je me rends compte que la plupart de hommes restent partiellement voire complètement habillés.

L’été dernier encore, j’étais de l’autre côté de la plage et je me fondais parmi les femmes pudiques.

Je ne pensais pas que les hommes pouvaient l’être, eux aussi. Mais plus j’avance sur ce parcours, et plus je réalise tout ce que je dois encore apprendre pour me fondre de ce côté de la plage.

Je suis tiraillé entre l’excitation de connaître enfin ces sensations dont j’ai tant rêvé et la peur de ne plus me fondre.

Ces cicatrices neuves, dont je suis pourtant si fier, qui me permettent de me fondre au quotidien, me révèlent en un coup d’oeil ici.

Passer d’un côté à l’autre de la plage, je n’en avais plus le choix, il était temps. Mais c’est un autre courage que de passer de l’ombre à la lumière.

Alors, face à ces hommes pudiques, en maillot de corps voire en chemise, je me dis que ce n’est pas grave si je me fonds encore un été, le temps de trouver ce courage-là.


L’histoire contée

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