Prompt : prendre le livre le plus proche et l’ouvrir à la page 72. La première phrase est le prompt.


Mais il ne fallait pas que le capitaine sache que je savais… Parce que s’il savait, il voudrait savoir comment je savais. Et alors, il saurait pour moi. Parce que, qui aurait pu savoir que le neveu du capitaine était aestraeme ? Un·e autre aestraeme ! Et qu’il couvre son neveu, c’était une chose. Mais qu’il couvre le dernier mousse gringalet monté sur son navire, c’en était une toute autre.

Donc, maintenant, non seulement j’allais devoir veiller à ne pas me changer avec les autres, mais en plus, j’allais devoir rester impassible aux pensées d’Ugo. Mais Ugo, était-ael vraiment digne de confiance ? Avait-ael déjà entendu mes pensées ? Est-ce que le capitaine était déjà au courant ?

Soudain, des coups retentirent sur la paroi du petit recoin où je me réfugiais pour faire mes besoins.

Qui m’avait trouvé·e ? Quelqu’un m’avait suivi·e ?

« Newt ? » Une voix fluette pour un marin, mais…

« Newt ? Il y a plus confortable pour vider sa vessie, tu sais ? »

Ça, c’était dans ma tête ! C’était de la télépathie, mais ce n’était pas la voix d’Ugo… Devrais-je répondre, ou faire comme si je ne l’avais pas entendue ?

De nouveaux coups.

« Newt ? T’es tombé·e dedans ?

— C’est qui ?

— C’est Biyas ! Allez, sors ! Je vais te montrer où on pisse !

— Euh, c’est que… » bégayai-je en ajustant ma ceinture et en me faufilant hors du recoin.

« Ben quoi ? T’as des pustules sur les fesses ?

— Non, non…

— Pourquoi tu répondais pas ?

— À quoi ? »

Biyas me dévisagea quelques secondes, tournant la tête de droite à gauche. Je fuyais son regard.

« Oh ! J’ai compris ! Suis-moi ! »

Ael attrapa mon bras et m’entraîna vers l’escalier, sur le pont.

« Écoute. »

J’écoutai, mais je n’entendais que les autres matelots discuter entre eux, certains chanter.

« Je dois entendre quoi ?

— Écoute mieux. »

Je me concentrai pour trouver ce dont ael parlait. Et je compris. Presque toutes les voix étaient dans ma tête.

« C’est bon ? T’as capté ? »

Je n’en croyais pas mes oreilles. Ou plutôt mon sixième sens.

« C’est un équipage entier d’aestraemes ?!

— Yup. »

C’était incroyable ! Je regardais autour de moi. J’avais été tellement angoissé·e à l’idée d’être découvert·e avant d’être en pleine mer, que j’avais baissé les yeux et fait profil bas.

Mais là, je rencontrai vraiment mes camarades d’équipage.

La plupart s’étaient déjà mis·es à l’aise. Quelques-un·es avaient retiré leurs chemises et révélé ici une poitrine ronde, là de glorieuses cicatrices. D’autres avaient lâché de longs cheveux cachés plus tôt par un foulard. D’autres encore avaient retiré fausse barbe et fausse moustache. Certain·es auraient été pris·es pour une femme par n’importe qui sur le continent, d’autres pour un homme, et les dernier·es étaient parfaitement androgynes.

Et pour tou·tes, tout cela semblait normal et habituel.

Biyas me regardait toujours d’un air amusé.

« Je peux te montrer les toilettes maintenant ?

— Mais pourquoi ? Comment ?

Les aestraemes, ça fait nettement moins de bruit.

Non mais je veux dire…

Je sais, je rigole. Le cap’taine, son adelphe était aestraeme. Aels travaillaient ensemble, jusqu’à ce que quelqu’un lae découvre et lae dénonce. La planche. Alors, quand l’enfant de sa sœur a commencé à montrer des signes, il l’a pris sous le bras et il est parti avec. Depuis, il ne navigue qu’avec nous autres. C’est Ugo qui nous trouve sur les ports. Mais d’habitude, on est prévenu·es. Toi, quelqu’un a oublié de te mettre au courant ! »

Ael éclata d’un rire sonore.

Interpellé·e par le bruit au milieu d’un équipage de télépathes, un·e marin·e plus âgé·e se retourna :

« Bon alors les mollusques, faudrait pt’être se mettre au travail ! »

Ah, si c’était demandé par télépathie, j’allais me mettre au travail sur-le-champ !

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